JOURNAL D’UNE COLLECTE // CHAPITRE 01
Notre collecte sur KISSKISSBANKBANK fête aujourd’hui ses vingt premiers jours ! Champagne ? On l’a vue naître le 1er septembre, faire ses premiers pas de géants les premiers jours, baver, balbutier puis parler en communauté, prendre son envol, grandir plus vite qu’on ne l’aurait pensé. Mais depuis quelques jours, c’est le calme plat, la crise d’ado et son lot de mutisme et de je-m’enferme-dans-ma-chambre.
Pourquoi ? Comment ? Qui ? Quand ? L’angoisse augmente et nos méninges s’échauffent pour tenter de trouver une explication rationnelle. La faute à qui ? À nous ? À eux ? À vous ? À pas d’chance ? Où ne sommes-nous que victime de notre manque de patience ?
Retour au point zéro pour sonder un mécanisme dont nous découvrons les rouages au jour le jour…
Février 2012. Retour du Cambodge. Un voyage d’un mois qui a semé la graine d’un projet qui depuis a développé des racines, un tronc puissant, des branches abondantes et feuillues, pour bientôt voir naître ses premières feuilles et un jour – nous l’espérons – ses premiers fruits.
Nous envoyons dossier sur dossier, aux quatre vents, espérant toucher subvention sur subvention, et recevant en retour une série de courriers nous indiquant que notre projet est ambitieux, original, intéressant, émouvant, qu’il fait partie des finalistes des sélections, mais que non, pas de subvention.
Nous nous tournons donc vers le crowdfunding, la collecte de dons, et choisissons pour plateforme et partenaire KISSKISSBANKBANK. Un jeu ? Un défi ? Non, un vrai mode de financement, une vraie solution, qui permet en parallèle de développer un réseau d’intéressés et de connaisseurs.
Bref. On monte un dossier, une vidéo, on calcule un objectif de 8000€, au minimum de nos besoins mais pour avoir plus de chance de l’atteindre – car je rappelle que si l’objectif n’est pas atteint le compteur redescend à zéro – et on décide après moult conversations avec autrui – car autrui est toujours de bon conseil – de partir sur une collecte de 60 jours.
Départ lancé le 1er septembre. Le pied au plancher, l’œil rivé sur les réseaux sociaux, la main sur le carnet d’adresses, nos banquiers sur les starting-blocks. On explose les records, on crève le sous-plafond, « du jamais vu chez nous » dixit Adrien de chez KKBB.
On s’étonne d’autant de soutiens, d’autant d’énergie concentrée autour d’une même idée, d’un même projet. Les donateurs – ou « kissbankers » - arrivent de tous horizons. Du connu, du moins connu, de l’inconnu. Des amis d’amis d’amis puis de vagues connaissances. Mais aussi des amis proches, très proches, qui tombent autant que nous amoureux de notre projet et veulent apporter leur petite – et parfois grande, trop grande – pierre à notre édifice.
On met les bouchées doubles. On multiplie, on répète, voire on harcèle, et on se calme. Changement de stratégie. On arrête le bourrage de crâne, le harcèlement.
On créé un événement au Comptoir Général. On invite, on incite, on convoque, on remplit. On espère crever le deuxième sous-plafond mais les dons restent discrets. Pudeur du donateur ? Manque de conviction de notre part ? On ne sait pas vraiment. Mais les dons ont été faits autour de cette soirée, avant et après. Essai raté mais pas vraiment.
Puis c’est le départ au Cambodge. 13 septembre. Nous savons que nous ne pourrons nous occuper de notre collecte qu’avec moins d’énergie, moins de temps. Mais nous désirons n’offrir aux futurs donateurs que des informations utiles, intelligentes, en rapport direct – et en direct – avec notre projet.
Et depuis, niveau collecte, c’est silence radio. Alors pourquoi ?
Les premiers indices viennent du discours expérimenté des fondateurs de KISSKISSBANKBANK. Des collectes ils en ont suivi des dizaines voire des centaines. Ils sont à deux doigts d’écrire un mode d’emploi de la collecte parfaite – malgré le fait qu’ils soient toujours étonnés de voir qu’aucune collecte ne se ressemble.
PREMIER INDICE : une collecte n’est réussie que lorsque l’on touche des gens que nous ne connaissons pas. Ni d’Ève ni de Buddha. Le troisième cercle. Les amis d’amis d’amis et même plus loin : ce qu’on appelle le Grand Public !
Sauf qu’on en a déjà touché quelques-uns ! C’est de la triche ? Du coup de bol ? Si ce troisième cercle nous ne l’avons pas atteint alors comment l’atteindre ? Il semble que nous n’ayons aucun pouvoir à ce niveau-là...
DEUXIÈME INDICE : une collecte n’est réellement « vivante » qu’à son début et à sa fin, c’est là qu’il faut concentrer l’énergie. Entre les deux s’opère 90% du temps une certaine légère stagnation.
Certes. Mais pour nous, stagnation égale angoisse. Et pourquoi arriver si vite à 75% pour ensuite ne plus bouger pendant 40 jours ? Pourquoi ne pas atteindre rapidement les 100% et partir tranquille sous la mousson cambodgienne tourner nos belles images ? Cela fait partie du jeu ? Frustration obligatoire sinon pas de projet ?
Bref. Les questions fusent dans nos caboches. Doit-on à nouveau revêtir nos costumes de spammeurs et vous noyer sous nos photos, textes et vidéos ? « Soutenez-nous ! Faites tourner ! Aimez et partagez ! Ne nous oubliez pas ! »
Ou doit-on garder ce même fil discontinu en ne vous proposant que de l’information claire et pertinente ? Ou alors changer complètement de stratégie ? Oui mais choisir laquelle ? Et y’en a-t-il d’autres ?
Tant de questions qui au final n’auront peut-être jamais de réponses. Soit notre collecte réussit et on se dira qu’on a fait du bon boulot, soit elle échoue et on trouvera un million de raisons du pourquoi du comment que c’est pas notre faute que c’est la leur ou c’est la vôtre...
Solution dans 40 jours ? Et en attendant on fait quoi, on se tourne les pouces ? Non, on bosse, on s’acharne, on est là pour faire vivre un projet et on le fera tant qu’on peut le faire. Depuis un an nous y mettons tout notre temps, notre énergie, notre amour et notre argent. Ce voyage de quatre mois était un pari car nous partions les poches vides en comptant sur KISSKISSBANKBANK et notre collecte pour les remplir avant qu’on ne doive les trouer (car à partir du 31 octobre, les dépenses pour notre projet commencent réellement). Nous avions confiance, surtout au vu des premiers résultats.
Maintenant, la donne change. On s’angoisse. La confiance a décidé de ne plus régner. Le pari devient risqué. Trop risqué. On est sur place et on fait vivre notre projet mais que faire si l’argent ne rentre pas ? Car oui la dure réalité est celle-ci : pour vivre et pour créer, il faut de l’argent. Donc sans argent, on rentre à la maison, plus tôt que prévu, sans film, et sans exposition…






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