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TOURNAGE // SHOOTING // PART 02

Publié par EMILIE ARFEUIL sur 2 Octobre 2012

TOURNAGE // SHOOTING // PART 02

Nous attaquons aujourd'hui notre 7ème jour de tournage. Notre rythme suit celui de Tut, celui du cycle solaire, couchés tôt, levés tôt.

Chaque jour l'intimité se resserre et s'approfondit. Le quotidien tisse le lien qui nous unit. Les souvenirs surgissent toujours à l'improviste, au milieu des repas, après la sieste et même devant les voisins surpris, parfois même étrangement moqueurs. Un petit rien déclenche le retour de la violence passée, remémore la cruauté de ces moments ineffaçables.

Au delà de sa propre expérience, Tut nous parle du massacre de sa famille, dont il est le seul survivant.

Il nous montre la colline embrumée de Bokor qui surplombe la ville de Kampot. En 1977, il a vu partir à l'arrière d'un camion, parmi 45 autres détenus, deux frères, une soeur et sa fille de deux ans, menottés, les yeux bandés. Il seront plus tard poussés du haut de la colline, leur corps restant parfois accrochés aux arbres et mangés par les animaux. Cette exécution est l'une des nombreuses atrocités perpetrées sur Bokor Hill, ancienne station climatique et touristique de l'époque coloniale française, qui aujourd'hui subit la mégalomanie de promoteurs immobiliers étrangers aux ambitions démesurées.

We begin today our 7th day of shooting. Our rhythm follows Tut's one, the solar cycle, slept early, raised early.

Every day the intimacy tightens and deepens. The everyday life weaves the link which unites us. The memories always appear unexpectedly, in the middle of the meals, after the nap and even in front of the surprised neighbors, sometimes even strangely derisive. A small nothing activates the return of the past violence, looks back on the cruelty of these indelible moments.

Beyond his own experience, Tut speaks to us about the massacre of his family, the only survivor of which he is.

He shows us the cloudy hill of Bokor who overhangs the city of Kampot. In 1977, he saw, leaving behind a truck, among 45 other prisoners, two brothers, a sister and his two-year-old daughter, handcuffed and bandaged eyes. They will later be pushed down from the hill, their remaining bodies sometimes hung on on trees and eaten by animals. This execution is one of the numerous atrocities on Bokor Hill, the old health and tourist resort of French colonial period, which today is the victim of some megalomania foreign property developers with disproportionate ambitions.

TOURNAGE // SHOOTING // PART 02

Nous avons emmené Tut à Bokor hier après-midi, sous la brume et la pluie glacée qui y règnent en période de mousson. L'émotion fut intense, quasi insoutenable, Tut n'est pas revenu sur les lieux depuis cette époque sombre. L'ambiance ne fait qu'accroître l'atmosphère déjà lourde : une nappe de brouillard nous enveloppe, recouvrant la vue plongeante sur Kampot, et l'écho des cris d'animaux sur la colline sonne tel une plainte lancinante.

Nous regrettons presque de l'avoir emmené ici, car pour la première fois c'est nous qui provoquons ses souvenirs douloureux. Chan, notre conducteur et interprète nous rassure : c'est pour lui un moyen de faire son deuil. C'est aussi pour lui l'occasion de faire un peu de tourisme, ce dont il n'a pas les moyens, et de visiter la pagode au sommet de la colline.

We took Tut to Bokor yesterday afternoon, under the mist and the ice-cold rain who reign in period of monsoon there. The emotion was intense, almost unbearable, Tut did not return on the scene since this dark time. The atmosphere is only increasing the already heavy ambiance : a layer of fog wraps us, recovering the plunging sight of Kampot, and the echo of animals shouts on the hill sounds as a stabbing complaint.

We almost regret having taken him here, because for the first time WE provoked his painful memories. Chan, our driver and interpreter reassures us: it is for him a way to say goodbye. It is also for him the opportunity to do some tourism, what he can't usually do, and to visit the pagoda at the top of the hill.

TOURNAGE // SHOOTING // PART 02TOURNAGE // SHOOTING // PART 02

En parallèle de notre tournage, nous fêtons aujourd'hui les trente jours de notre collecte KissKissBankBank. La moitié du chemin. Notre énergie et notre temps étant entièrement dédiés à Tut, il est difficile pour nous de la suivre et la faire vivre pleinement. À cela s'ajoute une connexion internet parfois désastreuse. Mais nous souhaitons remercier tous ceux qui continuent à nous soutenir, à parler de notre projet autour d'eux, à le faire vivre avec la même passion qu'est la nôtre.

Besides our shooting, we celebrate the thirty days of our KissKissBankBank crowdfunding. Half of the path. Our energy and our time being completely dedicated for Tut, it is difficult for us to follow it and make it live completely. Plus a sometimes disastrous internet connection. But we wish to thank all those who continue to support us, to talk about our project around them, to make it live with the same passion as ours.

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corinne 06/10/2012 09:43

M. Marre confond un journal de bord avec le résultat final de ce que sera tout ce travail avec une personne concernée par le génocide ! ça peut peut-être faire pleurer dans les chaumières de se pencher sur « los olvidados » puisque vous citez Bunuel mais c'est, vous semblez l'omettre, avant tout un travail sur la mémoire. Que je sache, Bunuel n’a jamais craint de travailler lui-même sur un registre fort dur et même violent pour susciter des réactions, car au fond n’est-ce pas là le plus important : réveiller les consciences ? Quant au fric, personne ne vous l’arrache, si vous ne vous sentez pas concerné, tournez-vous donc vers d’autres projets. Vous qui brandissez Bunuel, vous faites preuve d’une réaction bien petit-bourgeois ! Tremble Bunuel effectivement, il aurait surement tremblé de votre misère de raisonnement qui affiche peu de bonté ! Laissez travailler ceux qui côtoient le monde et tentent de le comprendre au lieu de se vautrer dans une jeunesse passive. Vous auriez dû signer M. La Morale à 2 balles qui se prend pour un « ange exterminateur » !

Monsieur Renard. 04/10/2012 09:45

Monsieur Marre, petit, tout gris, un peu rond, s'emmerde chez lui. c'est sale et petit. Alors il décide d'aller foutre sa merde à droite à gauche, histoire de pleurer sa misère dans les chaumières des autres, parcequeuuuuu... ben parce qu'il à pas d'ami, forcement.
Il vomi sa mauvaise humeur au premier carrefour. Puis au deuxième, au troisième et ainsi de suite, jusqu'à la bile. Après, il rentre sûrement chez lui, non sans avoir fait quelques provisions, à l'arrache, à la tire, à la volée, pour le lendemain. Vite fait, mal fait, il s'en fout. L'idée c'est juste de dire qu'il en a marre.
Avec un peu de chance, souhaitons-lui de croiser Mme Vitamine C, qui elle, optimise sur ce projet. Elle à bien compris pourquoi il était motivé par autre chose que l'argent et l'apitoiement. Que la rencontre à déplacée plus qu'un documentaire. Que heureusement, Tut se raconte avec sincérité, Alex et Émilie regardent avec pudeur. Qu'on pourra en voir le résultat grâce à Mme vitamine C et ses potes qui filent un peu de tunes. Et que Mr Marre n'aime pas ça, c'est bien aussi. Il en faut.
"Remercions-le" me dit Mme Vitamine C.

marre 04/10/2012 02:26

j'ai donc tout lu et la conclusion reste la même: faire pleurer dans les chaumières en glissant un petit "donne moi ton blé" à droite, à gauche.
et dire que tout ça aurait pu être abordé de façon moins violente, plus intéressante, plus globale. vous nous faîtes l'étalage de la souffrance d'autrui, sans pincettes ni compassion.
4mois pour un reportage quand vous connaissez déjà le pays, la personne... tremble Diego Bunuel, tremble !!