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PROJECTION SPÉCIALE // SPECIAL SCREENING

Publié par ALEXANDRE LIEBERT sur 19 Décembre 2012

PROJECTION SPÉCIALE // SPECIAL SCREENING

Ce matin a eu lieu une projection très particulière de notre documentaire SCARS OF CAMBODIA. La projection la plus importante à nos yeux. Séance privée organisée aux abords de la ville de Kampot, dans le salon d'une petite maison sur pilotis faite de tôles et de planches de bois, en version remasterisée VCD, avec pour seuls spectateurs : Tût et sa femme Gnia.

Nous nous sommes plusieurs fois demandé s'il était indispensable de leur montrer notre film, si cela n'était pas un geste égoïste de notre part, tout comme nous nous demandions déjà durant notre tournage s'il n'était pas de notre égo de faiseurs d'images, emprunts d'une curiosité peut-être mal placée, de creuser aussi longtemps et profondément dans le passé douloureux de Tut, le voyant pleurer, souffrir et déprimer chaque jour pour les beaux yeux de notre projet artistique.

Certes, nous ne lui demandions rien, ne posions aucune question. Nous ne faisions qu'être présents, à ses côtés, et attendions qu'il nous mime son passé. Mais notre présence à elle seule était peut-être déjà de trop, car si nous n'avions pas été là, Tut n'aurait rien dit, et il n'aurait pas souffert plus que de raison. Mais c'est Tut lui-même qui nous rassurait sur ce que nous faisions, nous disant et nous montrant que cela lui faisait du bien d'en parler, pour la première fois depuis si longtemps.

Et c'est Tut, encore cette fois-ci, qui a émis le désir de voir le fruit de notre labeur. C'est pour lui une sorte de conclusion, un point final à une thérapie qu'il s'est lui-même orchestrée. Une manière de dire "c'est bon, c'est fait, maintenant je passe à autre chose".

PROJECTION SPÉCIALE // SPECIAL SCREENINGPROJECTION SPÉCIALE // SPECIAL SCREENING

Tut fut très ému pendant la projection. Le brouhaha continu à l'extérieur de la maison et les voisins qui venaient par vagues successives acheter les ingrédients de leur déjeuner à Gnia ont certes mis à mal sa concentration, mais ont permis de désacraliser l'instant, de le rendre un peu plus bon enfant.

Quelques larmes ont pourtant coulé, quand Tut s'est vu sur l'écran de sa télé mimer les tortures dont il était victime. Sorte de miroir étrange qui lui reflétait non son visage mais ses pensées, ses démons, qui étaient maintenant enfermés - pour ainsi dire - dans notre film, et arrêteraient de le tourmenter au quotidien (c'est plus ou moins en ces termes que Tut nous avait expliqué ce besoin qu'il avait que nous filmions tout, cet empressement qu'il avait à tout nous raconter, dans les moindres détails).

Et nous le constatons nous-mêmes. Aujourd'hui, Tut va mieux. Au-delà de ses problèmes de santé et de sa peur de mourir, son sourire est là, au quotidien, et il semble heureux.

De notre côté, avant et pendant cette projection, nous avions le trac. Nous appréhendions évidemment les réactions de Tut, nous ne voulions pas le replonger volontairement dans ses souvenirs douloureux. Mais à cela s'ajoutait le trac de l'enfant qui monte sur scène pour le spectacle de fin d'année de son école, et qui ne souhaite qu'une chose : que ses parents soient fiers de lui.

Bref. Pour les intéressés, la prochaine projection du film à Kampot aura lieu le 29 décembre à la tombée de la nuit, dans le village de Tut, probablement au café du coin, et ce avec l'aimable autorisation de Tut, qui souhaite que tous ses voisins et amis connaissent enfin son histoire et arrêtent de lui poser des questions sur son passé. Pour lui, une page est tournée, et il ne veut plus en parler.

ENGLISH VERSION

This morning was a very particular screening of our documentary SCARS OF CAMBODIA. The most important screening for us. A private screening organized in the outskirts of Kampot, in the living-room of a small pilotis house made by sheet steels and wooden boards, remasterised in VCD, and for only audience : Tut and his wife Gnia.

We wondered several times if it was indispensable to show them our movie, if it was not a selfish idea of us, quite as we already wondered during our shooting if it was not our images makers ego, loans of a curiosity maybe badly placed, to dig so profoundly and a long time in the painful past of Tut, seeing him crying, suffering and feeling depressed every day for the beauty of our artistic project.

Of course, we asked him nothing, asked no question. We were only there, by his side, and waited that he mimes us his past. But our presence was maybe already of excess, because if we had not been there, Tut would have said nothing, and he would not have suffered more than usually. But it is Tut himself who reassured us on what we made, saying and showing us that it was good for him to speak about it, for the first time since such a long time.

And it is Tut, even this time, who emitted the desire to see the fruit of our labour. It is for him kind of a conclusion, a final stop in a therapy that he orchestrated himself. A way of saying " ok, it is made, now I pass to another thing ".

Tut was very touched during the screening. The continuous hubbub outside of the house and the neighbors who came by successive waves to buy the ingredients of their lunch from Gnia certainly damaged its concentration, but allowed to minimize the sacred aura of the moment, to make it a little more simple.

Some tears nevertheless flowed, when Tut saw himself on his TV screen miming the tortures he endured. Kind of a strange mirror which reflected not his face but his thoughts, his devils, which were now locked - sort of speaking - into our movie, and would stop tormenting him in his everyday life (it is more or less in these terms that Tut explained to us this need he had that we film everything, this haste that he had to tell us everything, in the greatest details).

And we notice it ourselves. Today, Tut is getting better. Beyond his health problems and his fear of death, his smile is there, in his everyday life, and he seems happy.

From our part, before and during this screening, we felt nervous. We dreaded obviously the reactions of Tut, we did not want to dip back him voluntarily into the painful memories. But to it was added the fright of the child which rises on stage for the show of the end of the school year, and which wishes only one thing: that his parents are proud of him.

In brief. For the interested, the next screening of the movie in Kampot will take place on December 29th at nightfall, in Tut's village, probably in the local coffee shop, and with the kind authorization of Tut, who wishes that all his neighbors and friends know finally his history and stop asking him questions about his past. For him, a page turns, and he doesn't want to talk about it any more.

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