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PROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOT

Publié par ALEXANDRE LIEBERT sur 4 Janvier 2013

C'était l'année dernière, déjà. Nous étions le 29 décembre. Une neige glacée suintait du ciel, quelque part, mais pas sur nous, car nous étions à Kampot, et nous organisions pour Tut une projection du documentaire SCARS OF CAMBODIA dans le café de son village, afin qu'il puisse montrer son film à ses amis, voisins et collègues.

PROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOT

Projeter un film dans un café populaire de Kampot n'est pas une mince affaire. Malgré le fait que nous connaissions les propriétaires et plus de la moitié des clients réguliers, malgré le fait qu'eux-mêmes ne projettent que des films piratés à longueur de journée venant des quatre coins de la planète Blockbuster, malgré l'impatience et l'excitation de Tut... Non, pas si simple. Il faut d'abord s'enquérir de l'avis du chef du village, lui demander son aimable autorisation, qu'il obtiendra lui-même du chef de la police de la région. Il faut ensuite prendre en compte la qualité du matériel de projection du café, datant probablement de la période pré-angkorienne. Puis enfin s'asseoir, commander un café, et étudier les réactions de ce public particulier, avec toute l'appréhension qui nous titille.

PROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOTPROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOT

Car nous savons d'ores et déjà que les Cambodgiens, entre eux, n'aiment pas ou ne veulent pas parler du régime Khmer Rouge et de ses conséquences désastreuses. Nous avons eu l'impression dans ce café de leur imposer notre film, d'une part avec un sujet qu'ils tentent de soustraire à leurs pensées, d'autre part avec un genre - documentaire silencieux - qui est bien loin de leur passion pour les films d'action ou de kung-fu.

Au début de la projection la salle était comble, toute entière tournée vers l'écran. Au générique de fin, ils n'étaient plus qu'une poignée de faux intéressés, scotchés à leur chaise en plastique comme n'importe quel autre jour à la même heure.

Les premiers à partir furent les cinq ou six exemplaires présents de la jeune génération. Puis la salle s'est vidée au fur et à mesure du film, et nous ne saurons, au final, jamais pourquoi.

Est-ce le film qui dans sa forme ne les a pas - en toute logique - transporté ? Est-ce le sujet de ce dernier qu'ils ont fui ? Étaient-ils mal à l'aise, choqués, désintéressés ? Ou est-ce qu'ils devaient tout simplement comme chaque jour à la même heure retourner à leurs affaires et préparer leurs bateaux pour la pêche nocturne ?

PROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOT

Tut fut malgré tout très fier de montrer son film, s'asseyant au centre de la salle comme sur un petit podium, au vu de tous. Il commentait les séquences les unes après les autres, servant de voix-off explicative à son assemblée, essayant de combler les lacunes d'un silence qu'ils ne comprenaient pas. Certains furent surpris d'apprendre certains détails de cette période qu'ils ne connaissent étonnamment pas et dont ils ne parlent pas.

Les échanges entre lui et ses amis étaient nombreux et enthousiastes, accompagnés de quelques rires. Chan - un ami cambodgien habitant Kampot nous ayant beaucoup aidé pendant notre tournage - était présent et écoutait attentivement les réactions du public. Et il semble que le principal attrait de notre film fut le fait que chacun ait pu voir à un moment donné sa bouille ou celle de son voisin.

Le plus important pour nous est d'avoir respecté le souhait de Tut, et qu'il soit fier et soulagé. Ce que nous aurions voulu savoir, ensuite, c'est comment évolueront les relations de Tut avec son voisinage. Vont-ils continuer à lui parler de cette époque, lui poser des questions ? Vont-ils eux-mêmes partager leurs propres passé et expériences et traumas ? Ce film va-t-il donner à Tut une certaine importance, un quelque charisme de star de cinéma ? Après tout, il a déjà la beauté, l'allure et la classe d'un Sean Connery cambodgien...

PROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOTPROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOTPROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOT
PROJECTION À KAMPOT // SCREENING IN KAMPOT

Bref. C'était la dernière fois que nous voyions Tut avant notre retour en France. Et la tristesse de ne plus le revoir a submergé ces questions sans réponses. Évidemment nous resterons en contact et l'appellerons autant que possible, partageant ces quelques mots de Khmer que nous avons appris avec lui. Nous l'aiderons autant que faire se peut malgré la distance. Et nous reviendrons probablement un jour. Mais il est dur de penser à un possible retour à l'heure du départ.

Merci Tut et Gnia pour votre accueil, votre chaleur, votre générosité et votre amour. Nous quittons provisoirement notre famille cambodgienne pour retrouver bientôt notre famille française.

ENGLISH VERSION

It was the last year, already. It was December 29th. An ice-cold snow oozed from the sky, somewhere, but not on us, because we were in Kampot, and we organized for Tut a screening of the documentary SCARS OF CAMBODIA in the coffee of its village, so that he can show his movie to his friends, neighbors and colleagues.

To screen a movie in a popular coffee place of Kampot is not a small matter. In spite of the fact that we know the owners and more than half regular customers, in spite of the fact that themselves screen only pirated movies all day long coming from the four corners of the planet Blockbuster, in spite of the impatience and the excitement of Tut... No, not so simple. It is necessary to ask at first the opinion of the head of the village, to ask his kind authorization, which he will obtain himself from the head of the police. It is then necessary to know about the quality of the screening equipment of the coffee, dating probably from the pre-angkor period. Then finally sit down, order a coffee, and study the reactions of this special public, with all the apprehension which titillates us.

Because we already know that the Cambodians, between them, do not like or do not want to speak about the Khmer Rouge regime and about its disastrous consequences. We had the impression in this coffee to impose them our movie, on one hand with a subject which they try to subtract from their thoughts, on the other hand with a genre - silent documentary - which is far from their passion for action or kung-fu movies.

At the beginning of the screening the room was full, everybody turned to the screen. During the end credits, they were not more than a few forgery interested, glued in their plastic chair as any other day at the same time.

The first ones to leave were the five or six present witnesses of the young generation. Then the room emptied little by little, and we shall know, at the end, never why.

Is it the movie which in its shape does not have them - quite logically - transported? Is it the subject of the latter which they avoided? Did they feel ill at ease, shocked, made lose interest? Or they had, simply, as every day at the same time, to return to their business and prepare their boats for the night-fishing?

Tut was very proud nevertheless to show his movie, sitting down in the center of the room as on a small podium, in view of all. He commented on sequences one after the other, like an explanatory voice-over to his assembly, trying to fill the gaps of a silence which they did not understand. Some were surprised learning certain details of this period which they do not strangely know and do not speak.

The exchanges between him and his friends were many and enthusiastic, accompanied with some laughts. Chan - a Cambodian friend inhabitant Kampot who helped us a lot during our shooting - was present and listened carefully to the reactions of the public. And it seems that the main attraction of our movie was the fact that each was able to see at some point its face or the one of his neighbor.

The most important for us is to have respected the wish of Tut, and that it is proud and relieved. What we would have wanted to know, then, it is how will evolve the relations of Tut with his neighborhood. Are they going to continue to speak to him about this period, to ask him questions? Are they going to share their own past and experiences and traumas? Is this movie going to give to Tut a certain importance, sort of a movie star charisma? After all, he already has the beauty, the look and the class of a Cambodian Sean Connery...

In brief. It was the last time we saw Tut before our return in France. And the sadness not to see hime again submerged these questions without answers. Obviously we will keep in touch and will call him as much as possible, sharing these few Khmer words which we learnt with him. We will help him as far as possible in spite of the distance. And we will come back probably one day. But it is hard to think of a possible return at the time of the departure.

Thank you Tut and Gnia for your welcome, your heat, your generosity and your love. We leave temporarily our Cambodian family to meet again soon our French family.

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