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FIN DE TOURNAGE // END OF SHOOTING

Publié par EMILIE ARFEUIL sur 9 Octobre 2012

FIN DE TOURNAGE // END OF SHOOTING

[ENGLISH BELOW]

De retour à Phnom Penh après 12 jours de tournage à Kampot en totale immersion. Alex et moi avons mangé, dormi sur place et passé toutes nos journées avec Tut et sa femme Gnia. La caméra et l’appareil photo sont devenus des extensions de nous-mêmes dans leur quotidien. Tut ne nous a pratiquement jamais vu dévêtus de nos outils de travail, initiateurs naturels de nos dialogues visuels, sans aucune gêne, provoquant simplement parfois l’amusement et la curiosité des voisins.

Tut a partagé avec nous beaucoup plus de choses que nous ne l’imaginions, en allant plus loin, plus en détails, en profondeur dans ses souvenirs, avec parfois une violence à laquelle nous n’étions pas préparés. Les pantomimes de nos premiers échanges sont montées en puissance, pour parfois devenir de vraies reconstitutions où Tut se mettait en scène, jouant à la fois le bourreau et la victime.

Nous avions déjà assisté en janvier dernier lors de notre premier tournage à un effondrement progressif du moral de Tut. Plus il partageait, plus les souvenirs lui revenait par vagues, de plus en plus violentes. Mais plus il extériorisait ses démons plus son sourire semblait se redessiner sur son visage, jour après jour. Ces quinze derniers jours ont été pour lui l’occasion d’écrire un important chapitre de sa propre thérapie. Certes son visage s’est souvent assombri, et il n’a pu que rarement retenir ses pleurs, mais chaque jour les sourires revenaient plus vite que la veille. Au fil du tournage, le présent reprenait le dessus sur le passé, les souvenirs refaisant surface moins souvent et de façon plus détachée, avec moins d’affect.

« Quand on se familiarise avec la culture khmère, on comprend que ce n’est pas dans la mentalité cambodgienne que de parler de soi et de ses blessures intimes. Les pires atrocités sont recouvertes d’un grand sourire. Aujourd’hui, la meilleure thérapie qui existe semble venir des Cambodgiens qui ont décidé de témoigner et d’extérioriser les images atroces qui les hantent. » (Sabine Trannin - extrait de LES ONG OCCIDENTALES AU CAMBODGE)

FIN DE TOURNAGE // END OF SHOOTING

Notre planning de travail des prochains mois est chamboulé: beaucoup plus de contenu - et différent de ce que nous avions prévu dans notre scénario - nous amène à repenser la narration du projet.

Alex, qui avait déjà commencé un premier montage des images tournées cet hiver, se retrouve aujourd’hui avec des heures de rushs en plus, qui amèneront de nouvelles séquences et de nouvelles choses dans le documentaire et le webdocumentaire.

Nous repensons la narration, et faisons même déjà la distinction, sur certaines futures séquences, sur leur utilité pour le film, pour le webdoc ou pour les deux. Le séquencier du webdoc s’est enrichi depuis notre première version envoyée à nos producteurs avant le tournage, et permettra à l’internaute de se "perdre un peu plus" dans la mémoire de Tut.

Un premier montage doit être livré début novembre à l’équipe son afin que Zach Miskin (compositeur) et Nicolas Bredin (sound designer) puissent travailler dessus pendant le mois de novembre. Le calendrier serré et le budget que nous avons ne nous permettent pas de finaliser une version définitive du film pour cette fin d’année. Une première version sera cependant projetée au Cambodian International Film Festival en décembre, en mettant pour l'instant de côté tout le travail d’animation, qui sera réalisé dès notre retour en France, avec probablement une ou plusieurs personnes pour épauler Alex. Dès janvier, nous commencerons le travail sur la version définitive du film : plus réfléchie, plus aboutie, avec l'animation sur mes photographies de light painting, et commenceront concrètement, en parallèle, l’élaboration du webdocumentaire.

FIN DE TOURNAGE // END OF SHOOTING

En attendant de voir quelques-unes des images du projet, voici une petite vidéo - montée avec trois bouts de ficelle - qui compile quelques extraits des deux tournages, sur un grand classique de la musique khmère : Phoum Phnom Thom, interprétée par la chanteuse Nirk.

On returning to Phnum Penh after 12 days of shooting in Kampot in full-immersion stay . Alex and I ate, slept on the spot and spent all our days with Tut and his wife Gnia. Our both cameras became extensions of ourselves in their everyday life. Tut has practically never seen us without our working tools, natural initiators of our visual dialogues, without any embarrassment, simply causing sometimes the amusement and the curiosity of the neighbors. Tut shared with us many more things than we imagined, by going farther, more in details, in his depth memories, with sometimes a violence for which we were not prepared. The pantomimes of our first exchanges increased power, to become sometimes real reconstructions where Tut staged himself, playing at the same time the executioner and the victim.

We had already attended last January during our first shooting a progressive collapse of Tut's spirit. The more he shared, the more the memories came back, more and more violent. But the more he exteriorized his devils, the more his smile seemed to redraw on his face, day after day. These last fifteen days were for him the opportunity to write an important chapter of his own therapy. Certainly he had the face often darkened, and he was only rarely able to hold his tears, but every day his smiles returned faster than the day before. During the shooting, the present regained the upper hand over the past, the memories resurfacing less often and in a more detached way, with less affect.

" When we get familiar with the Khmer culture, we understand that it is not in the Cambodian mentality to speak about itself and about its intimate wounds. The worst atrocities are covered with a big smile. Today, the best therapy which exists seems to come from Cambodians who decided to testify and exteriorize the atrocious images which haunt them. " (Sabine Trannin - extract of WESTERN NGO IN CAMBODIA)

Our working schedule of the next months is upset: much more contents - and different from what we had planned in our script - bring us to rethink the story of the project.

Alex, who had already begun a first editing of the images shot this winter, has today many more hours of rushes, which will bring new sequences and new things in the documentary and the webdocumentary.

We rethink the story, and make even already the distinction, on future certain sequences, on their utility for the movie, for the webdoc or for both. The scheme of the webdoc grew rich since our first version sent to our producers before the shooting, and will allow the Internet user to "lose himself" in the memory of Tut.

A first editing must be delivered at the beginning of November to the sound team, so that Zach Miskin (composer) and Nicolas Bredin (sound designer) can work during November. The tight timetable and the budget which we have do not allow us to finalize a definitive version of the movie for this end of year. A first version will however be planned in Cambodian International Film Festival in December, by putting aside at the moment all the work of animation, which will be realized as we return in France, with probably one or several persons to support Alex. From January, we shall begin the work on the definitive version of the movie: more thoughtful, more accomplished, with the animation on my light painting pictures, and we will begin concretely, besides, the elaboration of webdocumentary.

While waiting to see some of the images of the project, here is a small video which compiles some extracts of both shootings, on a great classic of Khmer music: Phoum Phnom Thom, interpreted by the singer Nirk.

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